Ce sont deux sujets qui me passionnent
De mon côté, je peux témoigner que l’IA (ou plutôt les IA) a déjà profondément bouleversé mon métier. Depuis environ deux à trois ans, je ne pratique plus du tout le développement logiciel de la même manière qu’auparavant.
En combinant plusieurs IA, une personne seule peut aujourd’hui obtenir des résultats qui auraient autrefois demandé beaucoup plus de temps, voire l’intervention de plusieurs spécialistes ayant plusieurs dizaines d’années d’expérience. Cela ne se limite plus à écrire quelques lignes de code ou à résoudre des problèmes simples.
J’utilise désormais l’IA sur des sujets relativement complexes, notamment en géométrie et pour concevoir ou combiner plusieurs algorithmes. Elle est capable d’analyser un problème en profondeur, de produire un diagnostic très fin, de proposer différentes solutions et d’en accélérer considérablement la mise en œuvre. Certaines de ces possibilités auraient été difficiles à imaginer il y a seulement cinq ans.
Cela ne signifie pas que l’IA remplace le développeur. Mes connaissances et mon expérience restent indispensables pour définir correctement le problème, guider le travail, vérifier les résultats, repérer les erreurs et choisir entre les solutions proposées. Mais elle augmente fortement ce qu’une personne peut réaliser seule.
Je n’ai donc guère de doute sur le fait que l’IA entrera également dans le métier de la menuiserie. Elle ne saura pas, à la place du menuisier, observer un plot, sentir la matière ou choisir la meilleure pièce de bois pour un montant de porte. Ce n'est pas le but d'un usage artisanal d'une IA. En revanche, elle pourra l’assister dans certaines opérations qui demandent aujourd’hui beaucoup de temps et de réflexion : explorer plus rapidement plusieurs solutions de conception, effectuer des calculs, analyser des plans, exploiter des catalogues techniques, comparer des méthodes de fabrication ou détecter certaines incohérences.
Comparer un humain à une IA est une fausse piste de réflexion. C'est comme comparer une visseuse et un humain doté d'un tournevis
Une visseuse permet de travailler beaucoup plus vite, mais elle ne sait ni choisir le bon embout, ni vérifier que la vis est adaptée, ni se tenir droite toute seule. Si elle est mal utilisée, si le sens de rotation est inversé ou si l’embout est mauvais, elle accélère également l’erreur et peut produire davantage de dégâts qu’un simple tournevis.
Il en va de même pour l’IA. Elle augmente considérablement la vitesse et les capacités de celui qui l’utilise, mais elle ne supprime ni la compétence, ni le jugement, ni la responsabilité. La comparaison pertinente n’est donc pas entre l’humain et l’IA, mais entre un humain utilisant correctement cet outil et un humain réalisant la même tâche sans lui.
Les usages réellement utiles restent encore largement à inventer et devront impérativement être confrontés aux réalités de l’atelier. L’intégration de certaines formes d’IA fait partie des pistes de développement envisagées pour Aléker dans les années à venir, mais rien n’est aujourd’hui arrêté. Par exemple, la reconstruction en 3D d'un modèle complet depuis des plans d'architectes 2D détaillés et réalistes (i.e. fabricables) contenant les trois vues principal fonctionne relativement bien depuis la sortie du dernier modèle OpenAI (Atsra 6.0). Ce n'est qu'une des pistes. L'IA conversationnelle 3D deviendra sans doute la norme dans 10 ans voire avant. Ce sera alors très banal mêm si beaucoup en doute aujourd'hui.
La vraie question n'est pas de savoir ce que ne fait pas l'IA à votre place car c'est infini, mais ce qu'elle pourrait faire demain avec vous.
Je suis ouvert à la discussion avec ceux que le sujet intéresse. Nous pourrions éventuellement ouvrir ici un sujet dédié, voire constituer un petit collectif informel réunissant menuisiers, agenceurs, concepteurs et développeurs. L’objectif serait d’échanger sur les besoins réels, les possibilités, les limites et les risques, sans chercher à imposer une conclusion déterminée à l’avance.
Les réflexions, expériences et objections partagées dès maintenant peuvent déjà contribuer à mieux définir les questions pertinentes. Tout ce qui peut enrichir cette discussion, sans a priori favorable ou défavorable, me paraît utile.