Bonjour à tous,
J’aimerais lancer un sujet autour de l’apprentissage du métier de menuisier et recueillir vos expériences. Pour ceux qui exercent aujourd'hui en tant que professionnels (à votre compte ou en entreprise) : comment avez-vous appris le métier, par quelles étapes êtes-vous passés et qu’est-ce qui vous a finalement le plus fait progresser / évoluer ?
De mon côté, j’ai 38 ans, je suis en reconversion professionnelle et j’entame ma troisième année de formation en menuiserie (CAP réalisé en un an, puis BP Menuisier Fabricant en 2 ans, le tout en alternance).
Mon parcours a été assez chaotique - aussi bien au CFA qu’en entreprise - et j'ai mis beaucoup de choses de côté sur le plan personnel pour m'investir à 100 pourcents dans cette reconversion, qui a été pour moi un véritable parcours du combattant (notamment pour trouver des entreprises d'accueil).
À quelques mois de la fin du BP, je ne peux m’empêchet de ressentir une certaine frustration quand je fais le bilan de tout ça...
Côté centre de formation, les sous effectifs et changements fréquents de formateurs, souvent peu expérimentés dans le métier terrain, ont rendu le suivi pédagogique compliqué.
Côté entreprise, j’ai changé à plusieurs reprises de crémerie. J’ai évidemment appris beaucoup de choses, notamment sur l’utilisation des machines, les usinages etc, mais j’ai aussi de grosses lacunes et le sentiment d’avoir passé énormément de temps en atelier sans être réellement formée au métier comme je l’espérais.
Ce sentiment vient aussi du contraste avec certains stages que j’avais faits en amont de mon CAP. Ils ont finalement été été parmi les périodes les plus formatrices : les personnes qui m’accueillaient étaient vraiment dans une démarche de transmission et prenaient le temps de m’expliquer, de me faire faire, de me corriger.
En alternance, dans les entreprises que j’ai connues, je me suis plutôt retrouvée dans deux cas de figure : soit livrée à moi-même sur des projets qui auraient nécessité un minimum d’accompagnement, soit au contraire cantonnée à des tâches répétitives ou ingrates, sans aucune "responsabilité" et sans vraiment avoir l’occasion de suivre la fabrication d’un ouvrage dans son ensemble.
Je comprends évidemment les contraintes de production et de rentabilité d’une entreprise, et qu’elle ne puisse pas passer ses journées à former un apprenti. Mais c’est justement cet équilibre qui m’interroge : comment produire tout en laissant suffisamment de place à la transmission et à une prise d’autonomie progressive ?
C’est peut-être finalement ce qui me manque le plus aujourd’hui : avoir pu suivre davantage de projets dans leur globalité, comprendre les choix qui ont été faits, rencontrer les problèmes et chercher des solutions, avec quelqu’un derrière pour m’aiguiller lorsque c’était nécessaire.
Aujourd’hui, je m'interroge pour la suite.
Sur le papier, trois ans d’alternance et un BP peuvent laisser penser qu’on arrive sur le marché du travail avec une certaine autonomie. Personnellement, je sais qu’il me reste énormément à apprendre et je ne me sentirais pas capable d’arriver dans une entreprise en prétendant être totalement autonome.
Pour ceux qui sont passés par un CAP/BP ou un parcours similaire, quel niveau aviez-vous à la sortie ? Est-ce finalement pendant vos premières années comme salarié que vous avez véritablement appris le métier ?
Et côté employeurs ou artisans : lorsque vous recrutez quelqu’un qui sort d’un CAP/BP, qu’attendez-vous réellement de lui ? Est-ce que les entreprises qui embauchent après un BP considèrent qu’à ce stade le salarié doit déjà être largement autonome ?
Je me demande parfois si je n’attends pas trop de ces trois années d’apprentissage, ou si au contraire il est légitime d’espérer en sortir avec davantage de maîtrise.
Merci à ceux qui prendront le temps de partager leur parcours et expérience :)
Sophie
3 réponses
- C'est pas mal de savoir qu'on ne sait rien...
- Le complexe de l'imposteur, on l'a toute sa vie.
- Au cours de ces 3 ans, tu as sans doute beaucoup appris sans t'en rendre compte et en être consciente.
- Dans une entreprise, personne n'est "autonome". On dépend des autres, et c'est un va et vient d'expérience. Même le "chef" a besoin de son équipe.
- Donc, ne t'inquiète pas. De toute façon, les autres sont dans le même cas que toi...
Par contre, mon conseil pour ceusses et icelles qui veulent vraiment apprendre des choses de manière sérieuse en un temps déterminé, c'est d'aller dans des écoles comme l'esea d'Avignon (il y en a d'autres). C'est privé, ça coute cher, mais on en a pour son argent, les profs sont payés pour être motivés, les élèves qui ont payé sont eux aussi motivés, et à la fin de l'année, on sait faire des choses...
Je ne suis pas professionnel du bois mais j'ai été apprenti et dans l'entreprise où je suis il y en a quelques uns tous les jours et j'ai fait un constat : la plupart des entreprises voient les apprentis comme de la main d'oeuvre bas de gamme pas chère et leur refilent les tâches sans besoin de compétences particulières. C'est ce qui m'est arrivé pendant mon apprentissage. Bon j'ai eu la chance d'avoir une collègue qui m'a appris énormément de choses non officiellement.
Dans l'entreprise où je suis aujourd'hui c'est très différent c'est une fondation de recherche qui a comme mission entre autre de transmettre. Du coup quand la direction propose à un service de prendre un apprenti ce n'est jamais pour prendre de la charge mais au contraire pour compléter une personne qui a un petit manque de charge parce que prendre un apprenti c'est passer du temps à le former. C'est cet état d'esprit très différent qui va faire d'un apprentissage une réussite.
Malheureusement l'apprentissage avec ses avantages est devenu une ressource de main d'oeuvre extrêmement bon marché (même si c'est moins vrai maintenant).
J'ai un parcours un peu hors des clous, je n'ai aucun diplôme de menuiserie, j'ai fait les beaux arts où j'ai passé énormément de temps en atelier bois, ce qui a représenté une période très formatrice mais aussi disparate car je n'ai pas eu réellement les bases, il n'y avait pas de cours et j'apprenais au fil des projets (les miens, ceux des autres), mais je passais toute ma vie à l'atelier.
Ensuite après quelques chantiers en tant qu'agenceur indépendant je suis devenu menuisier de décor (pour le ciné, la télé ou l'événementiel), et c'est encore là que j'apprends tous les jours depuis plusieurs années et que je partage des connaissances avec des plus expérimentés que moi.
Je comprends réellement maintenant le sens de ce que disais mon prof quand il disait qu'un menuisier reste apprenti toute sa vie.
Je pense que quelle que soit ta voie, ouvrière ou artisane, tu va très vite développer une autonomie qui sera ajustée à ta situation et aux tâches qu'on te demande, la menuiserie est un métier très varié, aucune entreprise ne fait tout et il faut toute une vie pour en maîtriser tous les aspects.
En gros je pense que trois ans de formation ne font pas un menuisier confirmé, la majorité de ton apprentissage se fera toute ta vie.
