L'Air du Bois est une plateforme Open Source de partage collaboratif ouverte à tous les amoureux du travail du bois. (En savoir plus)

Rejoindre l'Air du Bois Se connecter

Matthieud

Question philosophique sur notre métier

Bonjour les amoureux du bois, j'ai découvert ce site il y a pas longtemps et je le trouve vraiment super. Afin d'apporter ma pierre à l'édifice, je vous partage ma petite question philosophique concernant le métier de menuisier.

Je commence tout d'abord par vous faire part de mon sentiment personnel concernant l'évolution moderne de notre métier
Autrefois, et ce depuis la haute antiquité, nos anciens ont redoublé d'ingéniosité et de savoir faire avec pratiquement rien d'autre que leur tête et leurs mains pour créer des réalisations qui étonnent et surprennent encore aujourd'hui par leur ingéniosité, leur beauté et leur durabilité. Depuis maintenant plusieurs années, je trouve qu'un tournant a été pris dans le métier qui consiste à faire toujours plus simple et toujours plus facile à réaliser -à mon avis principalement dans le but de gagner toujours plus d'argent-.
Il est vrai aussi pour défendre cette méthode moderne de travail que les gens n'ont plus forcément comme priorité de faire des jolies menuiseries chez eux, il est maintenant plus intéressant pour la plupart des personnes de partir faire un voyage à l'autre bout du monde que d'acheter une jolie fenêtre fabriquée par un menuisier très compétent.
Je trouve que cela est extrêmement déplorable, car à mon avis les menuisiers sont les artisans eux-mêmes de la déchéance de leur métier... Que diraient nos anciens s'il voyaient le travail que l'on exécute aujourd'hui ? Je restaure souvent des ouvrages réalisés dans un passé plus ou moins lointain, et c'est toujours un émerveillement de constater que l'on peut simplement enlever les chevilles et démonter, puis changer un montant ou une traverse ou un panneau cela de manière vraiment simple! qu en sera-t-il de nos ouvrages collés à la colle polyuréthane quand nos descendants voudront les restaurer ? D'autre part, j'ai de plus en plus de mal à me conformer à la méthode moderne du travail, tout simplement parce que je ne me sens pas bien en utilisant ces méthodes faciles. En effet j'ai l'impression de manquer de respect à nos anciens. D'autre part, si nous contribuons tous à faciliter le travail et à le rendre toujours plus sobre et toujours plus facile à réaliser en série, je pense que nous nous tirons une balle dans notre propre pied, car bientôt il n'y aura plus besoin de menuisier à ce rythme-là mais seulement d'opérateur machine. Est-ce vraiment ce que l'on veut ?
À mon sens, nous avons aujourd'hui en main de formidables machines qui permettrait -si l'on s'en donnait la peine- de réaliser des ouvrages au moins aussi beau que ce que nos anciens ont conçu et fabriqué, voire peut-être même mieux pourquoi s'en prive-t-on ?
Je pense que l'évolution des machines a eu l'effet contraire de celui attendu . Ce matériel permet de travailler de manière beaucoup plus efficace qu'à la main, donc on pourrait attendre que les réalisations soit encore plus compliquées, et pourtant, on va toujours de plus en plus vers du plus simple et du plus simple.

Je suis bien conscient que le débat est un peu plus compliqué que cela et que mon propos est un peu provocateur, mais je crois que si l'on ne veut pas perdre notre métier il est temps de se poser des questions serieuses. Une porte isoplane ça n'est pas franchement donné, et une porte menuisée ça prend entre 10 et 15h à fabriquer. Au final la différence financièrement parlant n'est pas si énorme que cela, alors est-ce que ça vaut vraiment la peine de renier nos origines pour quelques centaines d'euros ?

J'attends votre avis sur la question. Je sais ce n'est pas une question facile
Belle journée à tous!

etiennedesthuilliers

bonjour
je ne partage pas votre avis du tout
nous ne vivons pas dans le même monde les passionnés et les amateurs ont une certaine vue mais il existe toujours aujourd'hui des menuisiers capables de faire des merveilles et des merveilles se font
cette histoire de dire plus personne ne sait faire c est une légende urbaine
pour tirer le travail par le bas par des menuisiers qui n'ont que le titre
heureusement il y a des donneurs d'ordres pour des travaux qui sortent de l' ordinaire, mais vous ne les connaissez pas
je ne voit pas la philosophie la dedans , mais une méconnaissance de certains travaux et toute une classe de professionnels qui sont en général discrets et qui trouve leur travail normal
je l ai encore vu avec la reconstruction de la charpente de notre dame , il ni a pas de bois, il ni a pas de charpentier pas de couvreur pour cela, il y en a pour 10 ans
etc etc
la charpente a été reconstruite sans aucun problèmes et il y a eu assez de bois moitié moins que sur l Hermione, les couvreurs ont su faire même avec du plomb et cela dans les délais
il y a eu le savoir qui existe encore je peux vous l assurer
l' aide de la machine et de l ordinateur
etienne desthuilliers maitre menuisier mais aussi charpentier

Matthieud

C est intéressant.
Je ne dis pas tant qu'on ne sait pas faire, c est surtout qu'on ne VEUT pas. Et les artisans sont les premiers responsables je pense.
Il faut quand même faire preuve d humilité, je fais partie de ces gens qui travaillent dans les monuments historiques et qui savent faire et pourtant je suis quand même impressionné de ce que les anciens ont fait à partir de rien et je ne crois pas que nos portes isoplanes soient à la mesure d arriver à la cheville (sans jeu de mots) de ces ouvrages.
Là où l'argent est la première priorité, c est difficile de laisser de la place au plaisir et à la contemplation. C'est dommage de tout voir sous le prisme financier, ok qu'on doive vivre mais quand meme..

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.
?

5 réponses

1
Oak
( Modifié )

A une époque pas si lointaine, les layetiers, les charrons, les tourneurs et autres fabriquants de manches en bois avaient pignons sur rue.

Les matèriaux, l'idéologie étaient différents. Un objet pour la vie.

Aujourdhui et comme déja dit, un objet pour l'envie.

Je pense qu'il est faux d'inculper le menuisier lorsque c'est le systême qui lui dit comment il mangera.
La loi de l'offre et de la demande, la régulation des marchés.

Pour vivre il faut donc se tordre, inventer, rebondir et transformer les métiers du bois.

Il n'y'a pas un menuisier mais tout un tas de menuisiers différents. Le libéralisme, la loi du capital..

Vous voulez changer ça ? Signez des pétitions ou... allez soutenir nos jeunes le 17, ils ne demandent que ça d'apprendre.

Mis à jour
Matthieud
( Modifié )

Merci pour ce retour, je comprends votre point de vue et il est clair que tout le tort ne repose pas sur les menuisiers eux mêmes en effet.
Ne vous inquiétez pas, j aide beaucoup les jeunes à progresser dans le métier, et ce très régulièrement.😉

Oak

Oh n'y voyez pas une attaque personnelle, loin de moi l'idée.

Et je ne suis le juge de personne. C'est à la problématique posée que je répond ainsi 👍

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.
0
executionbois

Notre métier évolue les acquis également, étant un fervent défenseur des traditions mais également un adepte des nouvelles technologie, mon analyse est un peux plus critique je suis assez fan de minimalisme mais considérer un ouvrage en queue d’aronde comme une difficulté pour moi cela relève d’un travail des plus simple la base en apprentissage comme le tenon mortaise ou les ravancements de toutes sortes, évidement a l’Age de la domino et de la ZETA il peu sembler que ces gestes sont l’art du menuisier mais dans notre génération cela faisait partie de notre quotidien et les savoir faire sont en perte, cela me désole de voir de jeune menuisier penser qu’il ont fait un ouvrage hors du commun en ayant assemblé trois pièces a laide de domino ou de clamex même si je me permet d’utiliser ces technologies, bien sur avec parcimonie, j’ai appris a réaliser des meubles complexes sant faire de dessin autocad ou de 3D SketchUp maintenant il faut admetre que les institutions on décidé de supprimer certain prérequis qui faisais partie de notre apprentissage le monde vas trop vite et l’argent dirige nos choix et le débat ne sarrête pas là mais je pense que je vais vite passer pour un vieux c…..n
Le menuisier qui sais encore se qu’est le metier.

Matthieud

Merci executionbois ! Merci de ce retour. Pourquoi dites vous "considérer un ouvrage en queue d’aronde comme une difficulté pour moi cela relève d’un travail des plus simple la base en apprentissage" qui a parlé de queues d aronde ici?

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.
0
Erebor
( Modifié )

Sans répondre complètement à la question je pense que Lexcentrique à mis le doit sur quelque chose.
On tape beaucoup sur l'industrie et c'est vrai qu'elle a fait du mal aux artisans mais à mon avis il y a eu un holdup de la finance qui a tout pourrit. Même l'industrie souffre aujourd'hui de la finance. Quand on dirige tout à coup d'indicateurs financiers (le pays, l'enseignement, les entreprises, la santé...) on perd tout sens et on se retrouve avec la situation dans laquelle nous sommes. J'ai aussi une piètre opinion du marketing qui arrive à nous vendre la monstruosité que la finance veut nous imposer. Un exemple flagrant que j'ai étudié il y a quelques années (pas mal d'années en fait). Au début de la pub les voitures étaient vendues en fonction de leur caractéristiques, de leur qualité ou de leurs fonctions pour répondre au besoin de l'utilisateur. La finance passe par là et dit qu'il faut vendre plus de voitures pour la rentabilité de l'industrie. Le marketing arrive et nous vend une voiture pour l'émotion, l'expérience. Et d'un besoin ils ont réussi à passer à une envie. Et si un besoin peut être analysé et raisonné c'est beaucoup plus difficile pour une envie. Et on retrouve ça avec les vêtements, la déco, la technologie...
je suis peut-être parano mais à mon sens la finance devrait être au service des hommes et nous en somme aux hommes qui sont au service de la finance.

Mis à jour
Connectez-vous pour ajouter un commentaire.
0
Lexcentrique

Bonjour, globalement, je suis assez d'accord.
En premier lieu, je pense qu'il y a une sérieuse perte de savoir faire. Quand on voit l'enseignement professionnel, il a fondu comme neige au soleil. Un CAP dans les années 50, c'était 25h d'enseignement professionnel/semaine, sur 3 ans. Maintenant, c'est 14h, sur 2 ans, avec beaucoup de stages. On peut parler aussi des artisans qu'on a envoyé au casse pipe pendant les deux grandes guerres.
Alors pourquoi cette perte de savoir faire ? Là c'est une vaste question... Je pense que l'industrie n'y est pas pour rien. A grand renfort de publicité, de marketing, de rapidité, ils ont bien réussi leur coup pour refourguer leurs merdes à usage unique. Et ça ne date pas de quelques années cette histoire. Le menuisier lambda n'a jamais eu les mêmes moyens de visibilité pour mettre en valeur son travail. Déjà, au XIXème, William Morris a essayé de lutter contre l'industrie, l'obsolescence programmé des objets (alors que l'industrie proposait des meubles de "qualité" à cette époque) en rendant l'artisan maitre de son ouvrage de A à Z, ça n'avait déjà pas marché... A l'heure actuelle, je pense que c'est encore pire, on vend du rêve, encore moins cher qu'avant. Et ça fonctionne. A qui la faute ? A celui qui achète ? Ou à celui qui vend ? Pour votre exemple de l'avion, comment ça se fait qu'on puisse aller au bout du monde pour même pas un quart de SMIC ? C'est un sujet loin d'être binaire.
Alors oui je suis d'accord que les menuisiers se tirent des balles dans les pieds, à essayer de copier l'industrie, dont ils deviennent dépendants. Mais ils essayent de vivre de leur travail. Qui blâme t-on ? Le menuisier, ou le fabricant de panneaux ? En ce qui me concerne le choix est vite fait. Et je passerai sur le désastre écologique et sanitaire de ces cochonneries
Il y a aussi le souci du prix de la main d'oeuvre. Elle est chère, et c'est normal ! Qu'on mécanise autant, pour 3 queues de cerises, ça c'est anormal. Une machine, ça s'amortit, ça engraisse les actionnaires et ça ferme sa gueule. Un ouvrier, qu'il soit qualifié ou non, ça se paye et il auto finance la sécurité sociale et les retraites. Sur ce sujet on ne blâme pas assez la finance à mon goût.
Je n'ai pas le temps d'en écrire plus ce matin, mais le sujet est bien complexe qu'il n'y parait, même si dans l'absolu, je suis d'accord.

Matthieud

Merci Lexcentrique !très belle réponse et vraiment une réflexion intéressante, je vous suis à 100%

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.
0
TBWoodwork

Joli et vaste sujet…☺
Je pense que les paramètres de réponses sont très nombreux !

Les mentalités ont changé, le grand public n'achète plus un meuble pour la vie. Autrefois, le mobilier coûtait cher car il n'y avait aucune alternative "cheap", une armoire était faite par un menuisier/ébéniste et avait la valeur de son travail. L'arrivée des nouveaux matériaux (MDF, mélaminé, formica…) a changé la donne. De plus, après la "fast fashion", la "fast déco" a été insidieusement amenée par les fabricants : on vend des bouses pas chères et peu durables, on crée des effets de mode et on pousse ainsi à la consommation.

Les machines ? Bah, difficile de s'en passer tout de même… Si on me retirait ma défonceuse et mes scies sous table et à ruban, je serais bien ennuyé…
Je comprends toutefois les adeptes du "tout aux outils à main", c'est un peu comme cyclistes vs motards.

Les ouvrages "compliqués" gage de qualité ? Mouaif… il existe des tas de belles choses simples et élégantes, pas besoin de moultes moulures et marqueteries pour donner de la valeur à un ouvrage. Un matériau de qualité, un design bien conçu et une réalisation soignée sont des critères plus importants. Avis qui n'engage que moi bien sûr !

Voici donc un élément de réponse de la part d'un amateur passionné. Je vois que tu es pro, et si certaines données relatives à ce statut m'échappent, merci de me pardonner !🤔

Matthieud
( Modifié )

Merci TBWoodwork !tous les avis sont intéressants, merci beaucoup pour cette réflexion! Je vois que je suis loin d être le seul à questionner ce sujet ça fait chaud au coeur

etiennedesthuilliers

mon texte va vous décevoir j en suis triste pour vous
et je ne me questionne pas pour la qualité du travail j' agis

Matthieud

Merci de votre retour. Croyez moi je ne fais pas que penser, je fabrique chaque jour de la menuiserie traditionnelle, je sais très bien de quoi je parle.

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.
0 coup de coeur
140 vues
5 réponses

Publications associées

0 collection

Licence

Licence Creative Commons
Navigation