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Yorg

Reconversion & CAP Charpente bois : Se former à l'Art du Trait et au colombage en tant que Canadien

Bonjour à toute la communauté,

Passionné par la charpente traditionnelle française et le travail du bois, je vous écris depuis le Québec. J'envisage sérieusement de m'installer en France pour me reconvertir et suivre une formation diplômante, idéalement un CAP Charpentier Bois.

Mon projet est très ciblé : je suis particulièrement fasciné par l'architecture à pans de bois et les maisons à colombages (notamment les styles alsacien à Strasbourg/Colmar, normand dans le Pays d'Auge, etc.). J'ai déjà accumulé pas mal d'ouvrages spécialisés et de traités sur le sujet, mais il faut bien avouer que pour un débutant, aborder ces notions uniquement par les livres reste très complexe !

Étant donné mon profil — ressortissant canadien, âgé de 35 ans (formation continue / adulte) et finançant moi-même ma formation —, je me pose plusieurs questions et j'aimerais solliciter vos retours d'expérience :

Écoles et centres de formation : Existe-t-il des centres (GRETA, AFPA, Compagnons du Devoir, CFA spécialisés...) qui mettent un accent particulier sur l'apprentissage pratique de l'Art du Trait dès le niveau CAP, plutôt que d'enseigner uniquement la charpente industrielle ou la CAO moderne ?

Spécificités régionales : Connaissez-vous des établissements situés dans des régions à forte tradition de colombage (Alsace, Normandie, etc.) qui intègrent cette spécificité dans leur cursus pour adultes ?

Aspects administratifs / Financement personnel : Certains d'entre vous ont-ils un retour sur l'accueil d'élèves étrangers en formation continue autofinancée pour ce type de diplôme ?

Je vous remercie d'avance pour vos conseils, vos pistes ou vos recommandations d'écoles. C'est toujours un vrai plaisir de vous lire et de parcourir ce forum !

Au plaisir d'échanger avec vous,

Georges

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3 réponses

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Vasirol
( Modifié )
Meilleure réponse

En complément des réponses déjà apporté:
(attention, réponse fleuve ^^)
Je suis un reconverti en charpente et couverture depuis 6 ans environs.

Commençons par la bonne nouvelle, il est facile en France de travailler dans le patrimoine en charpente et encore plus facile en couverture (la conjoncture économique est en train de changer donc à voir si la situation reste comme cela) Enfin facile… à une condition : avoir peu de contraintes et pouvoir travailler en déplacement (ça veut souvent dire partir le lundi de chez soi entre 4h et 6h du matin et rentrer plus ou moins tard le jeudi chez soi). Si tu ne veux pas faire de déplacement, cela peut être un peu plus compliqué mais c’est toujours largement possible en fonction de l’endroit où tu t’installes (par contre si tu veux faire de la cathédrale, du château, des grosses églises etc. bref des gros chantiers en monument historique, c’est très très souvent du déplacement).

Maintenant une description pas vendeuse de la charpente en rénovation :

Tu sembles vouloir travailler dans la rénovation (puisque pans de bois). La rénovation c’est classe néanmoins quelques mises en garde sont de mise.
La charpente n’est pas un métier “intellectuel”, c’est un métier salissant et physique (notamment en rénovation du patrimoine), avec des collègues parfois très sympa mais aussi parfois moins, c’est un métier du bâtiment et les clichés ont hélas une par de vérité (racisme possible, sexisme primaire probable etc.). Collègue avec qui tu vas dormir le soir en déplacement, manger etc. ambiance que tu ne connais peut être pas si tu viens d’un métier plus “bureau”.
C’est aussi un métier ingrat qui pour une belle pièce de bois taillé aura nécessité des heures à récurer des combles et arases de mur recouvertes de fientes de pigeon, poussières diverses, à brasser des bois lourds, construire des structures de protection, d’étaiement divers et varié et de potentiel prise de risque (travail en hauteur, parfois dans des situations précaires). Bref quand tu rentres le soir, tu es les bon jours un gros tas de copeaux et les mauvais un gros tas de poussières de natures diverses. C'est éventuellement stressant aussi, couper trop court une grosse pièce de bois ("faire un mort" comme on dit) peut être problématique.

Le ratio travail de taille et levage vs le travail autours beaucoup moins intéressant est parfois très faible. De manière général plus la boite travail sur des gros chantiers moins il y a de travail chiant (il est délégué au moment de l’appel d’offre souvent), plus les chantiers sont petit, plus « tous est pour ta pomme ».

Également ne pas négliger le coté physique et éreintant du métier (si tu as du mal à t’endormir sache que ca risque d’etre de l’histoire ancienne...). Quasiment tous les charpentiers que je connais qui ont commencé à 16-18 ans on un début de mal de dos à 30 ans seulement (voir un mal de dos sévère). Commencer à 35 ans est un avantage, tu n’as pas déjà usé ton corps, et tu as moins l’énergie de faire des truc mauvais pour toi. Mais la restauration ca reste physique. Le travail est souvent dans des endroits ou les moyens de levage n’ont pas accès, le chêne c’est lourd et les accès pas toujours évident.
(j’ai vu des reconvertis au mode de vie particulièrement passif, qui n’avaient jamais vraiment fait d’activité physique, galérer sérieusement sur les chantiers) .

Bref, j’ai volontairement mis les cotés négatifs en avant car tu t’apprêtes quand même à de gros changement (changement de pays etc.), et y a un paquet de gens qui font le CAP et qui devant la réalité du métier ne poursuivent pas (là j’ai parlé de la restauration du patrimoine, mais ensuite il y a aussi la réalité du travail de charpente hors patrimoine, qui est assez loin de l’image du « charpentier »).
Et ais-je parlé de la météo ? Car si sur les gros chantiers de patrimoine tu as souvent des toits parapluies (merci mon dieu), sur tous les autres généralement pas...

Et comme tu vois je ne parle pas de trait de charpente car le trait de charpente n’existe pas sur le chantier. Ni en atelier. Il est réaliste de trouver une boite qui fait du piquage (dans les boites de restauration on connaît le piquage, au moins le piquage basique, même si tous les chantiers ne nécessitent pas forcement de piquage). Il est par contre extrêmement peu probable que tu utilises le trait de charpente plus de quelque fois dans ta carrière.

Par contre en CAP de charpente et si tu as ton bac (ou équivalent j’imagine) ce n’est que de l’atelier et du dessin et donc du trait. Idem pour le BP (ou tu as un peu de rdm et de CAO aussi). Bref ou que tu ailles, si tu fais CAP ou titre pro (j’ai fais un CAP perso mais je connais des gens qui ont fait un titre pro, ca a l’air équivalent) tu auras du trait.
Par contre du piquage en formation ? Trois fois rien… Et oui, le CAP et le BP ne sont pas très adapté au chantier/ « vrai » travail (mais ultra cool si tu aimes le trait et les maquettes !)

Egalement fait un CAP en formation adulte (GRETA ou autre titre pro), pas de CAP avec les jeunes (en BP ça passe mais en CAP c’est vraiment pas ouf). La majorité des formation en France qui accueil les adultes sont géré par les compagnons (Association ou Fédération) mais c’est pas un signe de qualité en soit, ca dépend beaucoup plus du formateur.

Et finalement le conseil je crois le plus important :

Fait ton CAP en Alternance si tu arrives à trouver (pas facile pour les + de 30ans, sombre histoire de financement, d’autant plus que pour les étrangers je sais pas comment cela fonction) , c’est beaucoup beaucoup mieux (et tu auras un salaire)!

Mais je suis toujours charpentier, et globalement j'aime ça, mais tu l'auras compris, faut être rustique, un peu ;)

Mis à jour
Yorg

Bonjour Vasirol,

Merci infiniment pour cette « réponse fleuve » et ce parler-vrai indispensable ! C'est exactement le genre de reality check dont j'avais besoin avant d'engager un projet de mobilité internationale.

Vous posez très clairement les réalités : le déplacement, la pénibilité physique, la poussière et l'écart entre le dessin sur papier et la rigueur du chantier. Savoir à quoi s'attendre sur l'aspect rustique du métier est une excellente mise au point.

Je note précieusement votre conseil sur l'alternance et les parcours dédiés aux adultes (GRETA / Titre Pro plutôt que la voie scolaire classique).Je regarde justement du côté du GRETA du Lycée des Métiers du Bâtiment (LMB) de Felletin pour un CAP en 1 an, qui me semble être une option solide pour ce type de profil et j'espere qu'ils ont une bonne reputation.

Merci encore pour votre temps, votre franchise et votre bienveillance !

Georges

Yorg

Merci Vasirol !

Vasirol

Je précise au cas ou : il n'y a pas de pan de bois dans le creuse (je te préviens, après y a bien probablement un pan ou deux pan qui traînent, mais c'est pas une région de colombage) 😉

Les colombage en gros ca va de Rennes à Strasbourg, Tours en limite sud et Rouen en limite nord (plus ou moins, les experts me corrigeront).

Pour la charpente, en ce qui concerne les CAP/titre pro je ne pense pas qu'il y ait en France des centres de formations spécifiquement réputé. En discutant a droite a gauche, tu te rend compte que c'est un peu mieux la bas ou la bas. Mais c'est principalement du aux promo et au formateur plus qu'a l"institution" (contrairement a la menuiserie ou j'ai l'impression qu'il y a des endroit bien plus réputé que d'autre). Mais je n'ai pas étudié la question plus que cela, peut être que des gens qui se sont penché sur l'offre de formation aurons un avis plus éclairé.
(la charpente se prête mal à l'apprentissage en "école", contrairement à la menuiserie ou la couverture ou il n'y a pas beaucoup de différence entre la mise en situation a l’école et le vrai chantier, c'est pour ca que je te conseil de faire si tu y arrives et que c'est possible une alternance).
Le truc qui peut changer d'un centre à l'autre c'est chaque stagiaire est a son propre rythme ou ca fonction plus comme une classe "tous le monde au même rythme". Ça peut donc valoir le coup de demander en fonction de ce que tu préfères. J'ai expérimenté l'option 1 ("chacun a sont rythme" dans un GRETA géré par la fédération compagnonnique, ca m'allait très bien)

Par contre il existe des stages de charpente organisé par diverses structure (association etc.) qui proposent des trucs du genre "charpente à la hache", "piquage" etc. Certaine sont probablement très bien mais je ne connais pas.

Yorg

Super Merci encore Vasirol!C'est bien gentil de votre part.

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Meungois

Salut,
je me permets un partage d'expérience, à relativiser car il s'agissait pour moi d'une formation intellectuelle que je savais d'emblée ne pas devoir déboucher sur une reconversion (pour aller dans le sens d’Étienne, je ne suis pas sûr que la connaissance du trait soit très facilement monnayable).
Dans le cadre d'un congé formation, j'ai fait un an de CAP chez les compagnons du Devoir. La formation est très (trop ?) axée sur le trait, notamment grâce au fait que l'Unesco l'a reconnu "patrimoine culturel immatériel de l'humanité". Bref, si tu en as la possibilité matérielle, ça peut être une perspective intéressante.
MAIS cela dépend malheureusement très fortement des formateurs que tu rencontreras. J'ai eu la chance de tomber sur quelqu'un de compétent et pédagogue mais, de ce que j'ai pu voir à droite et à gauche, c'est un peu la loterie. Il faut donc un peu d'autonomie par moments si l'on veut vraiment progresser.
Un autre bémol, de ce que je sais: si c'est le pan de bois qui t'intéresse, le trait est relativement secondaire (puisqu'il devient intéressant lorsque les plans ne sont plus perpendiculaires et sert principalement en toiture ou pour des ouvrages particuliers: escaliers, etc.). Dans ce cas, c'est le piquage qui est vraiment utile, pour utiliser des bois anciens et/ou non corroyés. Et, dans ma formation, c'était quelque chose qui s'apprenait exclusivement sous forme de stage réservé aux BP (c'est-à-dire la suite du CAP).
Bref, à titre intellectuel, j'ai vraiment adoré mon année. Le trait est un bon apprentissage de la vision dans l'espace et permet d'identifier plus rapidement les coupes qu'on a à faire etc. Mais l'objectif principal d'un CAP, même chez les compagnons, est de savoir se débrouiller sur un chantier et d'être capable de faire relativement rapidement ce qu'on nous demande.
Si tu veux t'initier au trait, tu peux regarder dans la rubrique "Livres" du site, il y a quelques ouvrages. Même si certains ont parfois un abord un peu ésotérique.

Lexcentrique
( Modifié )
Je suis d'accord

Bonjour, en effet, axer un CAP sur le trait majoritairement, n'est à mon avis pas la bonne approche pour être débrouillard sur un chantier, ou en atelier. Après, si c'est ce que l'on cherche personnellement, très bien.
Mais effectivement, dans le cadre de colombages, dans la majorité des cas, il est suffisant de savoir tracer des épures, ligner les bois, les placer sur chantiers intelligemment et les piquer/rembarrer. Ensuite il faut axer le savoir et le geste sur la taille, l'assemblage et le levage. Et c'est d'ailleurs ces points que les entreprises cherchent en premier lieu. J'en ai d'ailleurs pas mal discuté avec le patron d'Aubert Labansat dernièrement. Un très bon niveau de géométrie 2D et de vision dans l'espace est souvent suffisant au départ. Il vaut mieux choisir de pousser après coup, si le besoin s'en fait sentir, et si l'on a envie.
Professionnellement, ce sera bien plus utile que de savoir tracer une tourelle torse en premier lieu.

Yorg

Bonjour Lexcentrique,

Merci beaucoup pour votre retour très clair et pour ce partage d'expérience du terrain.

C'est une excellente mise au point : savoir que des entreprises de référence comme Aubert-Labansat privilégient d'abord l'efficacité sur l'épure, le piquage, le rembarrement et la maîtrise de la taille me permet de réaligner mes attentes. Cela me confirme qu'il faut acquérir le geste et l'autonomie sur chantier avant de chercher à maîtriser des tracés complexes.

À ce sujet, au vu de votre expérience, auriez-vous des centres de formation ou des écoles à me recommander pour acquérir ces bases pratiques de qualité ?

Merci encore d'avoir pris le temps de m'éclairer !

Georges

Yorg

Bonjour Meungois,

Merci beaucoup pour ce retour d'expérience précieux et très nuancé !

Votre distinction entre le Trait (pour les combles/surfaces gauches) et le Piquage (indispensable pour le pan de bois et les bois tors) est une vraie prise de conscience pour moi. C'est exactement le genre de nuance qu'on ne perçoit pas bien dans les livres au début.

C'est très intéressant de savoir que les Compagnons du Devoir intègrent autant le Trait dès le CAP, même si cela dépend des formateurs. Je note précieusement qu'il faut viser le niveau BP pour vraiment pratiquer le piquage.

Dans quel centre / maison des Compagnons avez-vous fait votre formation ? Et avez-vous des recommandations d'ouvrages du site qui vous ont particulièrement aidé à l'époque ?

Merci encore pour votre aide,

Georges

Yorg

Merci Meungois !

Meungois
( Modifié )

J'ai fait mon TP (équivalent du CAP mais version ministère du Travail) à la Fédération Compagnonnique Régionale d'Orléans. Mais le formateur a changé et j'ignore ce que devient la formation.
Honnêtement, avant la formation, j'ai eu beaucoup de peine à comprendre les ouvrages de trait, même ceux des deux Ours, supposément les plus accessibles (

). Avec le recul de la formation, ça va mieux mais c'est une gymnastique intellectuelle qui se perd vite si on ne la pratique pas. J'essaie de continuer un peu à travailler avec l'ouvrage suivant:

Yorg

Merci beaucoup pour les recommendations

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etiennedesthuilliers

bonjour
j admire les gens qui veulent progresser dans certaines professions
il y a un mais , pour quoi faire par la suite
apprendre l art du trait pourquoi pas a quoi cela va vous servir
j ai énormément travaillé sur le sujet mais je n ai jamais utilisé mes connaissances sauf pour corrigé l'ouvrage de billon frères
il est vrai que j ai fait des maquettes en suivant l art du trait , mais mon père ingénieur et chef de son entreprise de menuiserie charpente m 'a expliqué qu'il était temps de passer au réel et d aller a l'école , et j y suis resté 6 ans et ensuite j ai continué a l école supérieure du bois
le trait est une version simplifié pour la compréhension des charpentiers mais pose des problèmes dans la réalisation des pièces gauches
si c est une passion continuer dans votre démarche , mais vous ne vivrez pas avec cela
les possesseurs d un cap n'ont pas une formation qui permet de trouver un job rémunérateur
il est important d avoir des bases mais il faut vivre avec son temps et voir l' avenir et utiliser les procédés de traçage actuel et de réalisation a la machine a tailler
la restauration de monuments anciens necessitent d' autres etudes
et après une formation sois disant performante vous serez triste car vous n aurez pas appris grand chose de monnayable
sachez que pour la restauration de la charpente de notre dame de paris l' ordinateur et les programmes informatiques ont été plus que largement utilisés
je parle en connaissance de cause vu ma carrière et mon niveau de culture
Étienne desthuilliers maitre menuisier mais aussi charpentier
ps travailler dans le levage des charpentes et dans la construction des immeubles en bois il y a plus de débouché

Yorg

Bonjour Étienne,

Un grand merci pour votre franchise et votre retour très éclairant, d'autant plus précieux venant d'un maître menuisier et charpentier.

Je comprends parfaitement la réalité du marché : la CAO et le taillage numérique sont incontournables aujourd'hui. Mon but n'est pas d'ignorer la modernité, mais d'acquérir une base solide en géométrie et en geste traditionnel, indispensable selon moi pour la restauration du patrimoine et le pan de bois.

À 35 ans et avec votre recul sur la profession, quel parcours d'études recommanderiez-vous aujourd'hui pour allier ces bases traditionnelles et les exigences actuelles (du CAP vers un BP, BTS SCBH, ou un Titre Professionnel) ?

Toutes les écoles ne se valant pas, avez-vous des établissements ou des centres de formation de référence à me conseiller ?

Avec tout mon respect,

Georges

Yorg
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