Un client privé - pour lequel j’ai déjà travaillé - me commande une table de salon afin de remplacer une corbeille en osier d’un autre âge. Les pieds des convives ne passent pas, la corbeille est au chemin …
Je re-visualise leur intérieur, assemblé de bric et de broc avec goût et formant un équilibre harmonieux.
Une première proposition - un plateau de mélèze qui attendait preneur à la grange - recueille le commentaire « trop de structure ». Dont acte.
Dans la même grange, sèchent depuis 15 ans des plateaux de noyer de 60 mm. Échantillon, discussion, accord.
Je débite et assemble un plateau en gardant de l’aubier aux dimensions souhaitées (140 cm x 90 cm x 40 mm), négocie un polygone (on se prend souvent les genoux aux angles de Pi/2) et j’assemble.
Validation intermédiaire (photo, discussion, etc). Je découpe un polygone et assemble un piètement épuré en chêne. Sous le plateau, j’ajoute (climat sec - altitude ) une paire de queue d’aronde en travers des fibres, glissées librement dans une rainure conique, afin de limiter le cintrage du aux changements de climat.
Poncé, huilé, retouché à la cire d’ébéniste aux endroits importants.
Livraison: « Bonjour, magnifique, merci beaucoup » sont les premiers retours.
Je suis payé le sur-lendemain !
Trois semaines après LA cliente me demande si on ne pourrait pas « foncer » le tout. L’huile utilisée contient à dessein une petite quantité de pigment blanc. Naïvement, je pensais m’adapter aux tons beige du sol. J’indique qu’on peut tout poncer et modifier le traitement final. Je dépose un morceau test (du même lot) non traité et un second traité avec la nouvelle huile.
Quatre semaines après LE client m’annonce que je peux venir chercher la table. Il a tenté de la donner aux enfants, qui ont d’autres goûts.
J’ai donc sur les bras une table, octogonale, payée, de 140 cm x 90 cm x 43 cm HT.
Visiblement, je me suis planté sur ce coup là, et je n’ai pas compris.

Discussions
Elle est pourtant splendide cette table et son plateau.....
Ils t'on expliqué pourquoi il n'en voulaient plus?
Merci.
Nan pas vraiment, ils m’ont dit qu’ils avaient ramené qqch d’ailleurs. Je n’ai pas résisté à regarder lorsque je suis allé reprendre celle qui est refusée. Franchement, je pige rien. Du multiplex et des vis en lieu et place de la queue lancée, des chants collés-cloués, une surface douglasie ou autre sans âme et un piètement en mélèze, un peu chantourné, et tout aussi rustique que le mélèze qui avait trop de structure dans les discussion initiales.
Je ne vais pas en faire un fromage, mais j’aurais aimé comprendre.
Le style "moderne sage" faisait un bon contraste avec le coté "antiquaire" du reste. Cela faisait plutôt chic, je trouve.
Mais peut-être qu'ils sont plus "antiquaille" qu'"antiquaire"... De toute façon, tu as été payé, et tu peux refourguer la table pour une autre fois...
Bonsoir Kentaro, possible, merci pour la tentative d’explication.
Pour refourguer, commes-tu dis, il faudra chercher. Les moins de 40 ans alentours qui ont 2 Euro de trop achètent aussi « genre IKEA » et les plus de 40 ans sont dans le cubique béton-carré-verre pseudo moderne.
l'essentiel c'est que tu n'en sois pas de ta poche. Tu pourras toujours la revendre avec un aspect promotionnel. Si tu cherches à comprendre ce qui s'est passé, tu risques de chercher longtemps. Il suffit qu'un proche donne un avis négatif sur ta table et que tes clients soient influensables.